Introduction à l’interculturel

ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE Introduction à l’interculturel

MARTIL

Professeur : Kamal El BOUKILI

Semestre : II

Module 10 : Introduction à l’interculturel

OBJECTIFS:

  • Acquérir les notions de bases relatives à la culture et à l’identité dans une situation d’interaction culturelle
  • Amener les étudiants à se situer dans une dimension interculturelle

I-LA NOTION DE CULTURE

I1Cadrage définitionnel

          Nous ne pouvons étudier le fait d’interculturel ou d’interculturalité sans avoir eu au préalable les connaissances nécessaires relatives à la notion de « culture ». Comment se définit la culture ? Quelles en sont les composantes ? Quelles sont les différentes disciplines qui s’y intéressent ? Peut-on parler de culture sans parler d’identité ? Quel rapport la culture entretient-elle avec la langue ? Toute une série de questions s’impose à nous en ce qui concerne le fait culturel avant d’entamer le fait interculturel. 

          La culture peut se définir comme étant « un ensemble de systèmes de significations propres à un groupe ou à un sous-groupe, ensemble de significations prépondérantes qui apparaissent comme valeurs et donnent naissance à des règles et à des normes que le groupe conserve et s’efforce de transmettre et par lesquelles il se particularise, se différencie des groupes voisins »[1]

          « Dans son sens le plus large, la culture peut être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres et les sciences, les modes de vie, les lois et les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. »[2]

          Les sociologues la définissent comme étant tout ce que partage un groupe d’individus, tout ce qui lui est commun ; comme étant tout ce qui permet de le souder et de renforcer ses liens ; tout ce qui est appris, produit, créé, transmis et par la suite sauvegardé par ce groupe d’individus.

I2Culture / Civilisation ( Introduction à l’interculturel )

          Force est de souligner la distinction possible entre le terme « culture » et celui de « civilisation ». Comme trait distinctif, nous pouvons avancer ce qui suit : la « culture » serait la totalité des produits et des activités d’une population : ordre social, religieux, coutumes, croyances alors que dans le cas d’un peuple très avancé techniquement, cette culture peut s’appeler « civilisation ». Donc, pour « culture » et « civilisation », il s’agit donc de deux sphères différentes : la science positive d’une part, la religion d’autre part, sont les exemples typiques de ces deux univers.

          La sphère ou l’univers de la civilisation fait appel à l’industrie, l’agriculture, la production, la consommation, les avancées technologiques, etc., tandis que la culture représente la création artistique, l’éthique, la religion, la vie spirituel, les connaissances et notamment les croyances et les traditions orales. Selon Claude Levi-Strauss, anthropologue ethnologue français, toute société se déploie sur ces deux dimensions, à savoir, la civilisation et la culture.

          Ces deux notions prennent une place considérable au sein des études en sciences humaines et sociales et plus particulièrement dans les études où nous pouvons noter une certaine pluridisciplinarité de champs d’analyse tels que l’anthropologie, l’ethnologie, la sociologie, la linguistique, la sociolinguistique, la littérature, la psychologie sociale, la psychanalyse, la psychologie, la philosophie, etc.

I 3Les sources de la culture

          Nous pouvons citer plusieurs sources de la culture, entre autres, la langue, la religion, l’appartenance à la communauté, l’éducation, la formation, la famille, la classe sociale, etc. La langue, par exemple, influence la façon de penser, de raisonner, et par la suite de se construire des réflexes et des manières d’agir au sein de la société. La religion, quant à elle, est depuis longtemps identifiée en tant que composant déterminant de l’attitude des gens à l’égard de l’entourage.

III- l’interculturel

            Le terme « interculturel » est composé de deux lexèmes : « inter » et « culturel » signifiant respectivement « entre » et « culture ». Le préfixe « inter » indique, dans cette notion d’interculturel, une mise en relation et une prise en compte des rapports et interactions entre individus, groupes et communautés, etc., du point de vue culturel et identitaire. Le phénomène de l’interculturel consiste en la rencontre de plusieurs cultures, souvent situées dans des aires géographiques différentes, et c’est dans ce sens que l’interculturel se distingue du « multiculturel ou multiculturalisme » que l’on définie comme étant « un ensemble de plusieurs cultures dans un même espace donné »[3]

          Donc comme nous venons de le souligner, il s’agit, pour le phénomène interculturel, d’une mise en relation, d’un échange, d’une interaction entre deux ou plusieurs cultures au sein desquelles d’autres cultures (ou sous-cultures) peuvent quelquefois coexister et interagir. Et cela peut s’expliquer à grande échelle comme à petit échelle : chaque pays, chaque peuple, chaque communauté, chaque groupe, chaque individu possède une culture propre à lui dont il se caractérise par rapport à l’autre. Toutefois, et pour plus de précision, lorsque nous parlons d’interculturel, nous désignons par là, cette interaction entre la culture commune que partage un peuple avec la culture commune d’un autre peuple. Et loin de tout rapport conflictuel, cette interaction interculturelle doit être prise, dans le sens de l’enrichissement culturel mutuel. 

III- 1- La culture comme outil de différenciation

          Comme le sont la race, la nationalité, l’appartenance à la communauté, langue, la religion et autres, la culture se veut également être une sorte d’identité collective, un espace souple, flexible et protéiforme, et dont nous nous pouvons jamais dessiner les frontières ; il s’agit d’une identité ou d’un « espace » (espace entendu, compris au sens figuré) qui s’assignent pour fonction d’affermir et de consolider le sentiment d’appartenance à un groupe, à une communauté. Ce dit sentiment d’appartenance implique, entraîne comme corollaire nécessaire, comme effet évident ─ et sans s’en rendre compte quelquefois ─ la non-appartenance de certaines personnes externes à cette communauté. Et de déduire de cela qu’il y a un « Nous » (avec N majuscule) qui renvoie à ce groupe ou communauté auxquels nous appartenons et « les  Autres » (toujours avec A majuscule) qui réfère à ceux qui se différencient de ce « Nous », et bien évidemment, ce « Nous » peut, selon les exigences et les besoins, s’ouvrir, s’élargir et s’étendre ou, inversement, se rétrécir.

III- 2- La culture est par définition interculturelle

          Lorsque nous parlons d’une culture, nous ne pouvons jamais perdre de vue que cette culture se définit, comme nous l’avons susmentionné plus haut, en comparaison avec d’autres cultures, et ce, en prenant en compte leur présence et l’effet réciproque qu’elles peuvent avoir, directement ou indirectement, les unes sur les autres. De ce fait, d’un point de vue ethnologique, toute culture qui à tendance à s’isoler, à se recroqueviller sur elle-même, elle sera amenée à s’affaiblir, et à long terme, à disparaître. La culture marocaine par exemple se veut une culture plurielle à plusieurs versants : une culture où apparaissent ostensiblement les contacts entre la culture arabo-musulmane, la culture berbère et la culture juive, donc, une culture qui se nourrit du patrimoine culturel arabe, berbère et judaïque et qui fait aussi à la fois appel au patrimoine linguistique arabe, berbère, français et espagnol.  C’est cette « interculturalité » et ce « multiculturalisme » qui permettent la préservation et la pérennisation de toute culture.

          Et il est à souligner que le contact peut prendre différentes formes : des échanges culturels, migrations, conflits, occupations coloniales, etc. Et à partir de là, le fait d’aborder la thématique de l’interculturel ne semble pas toujours chose évidente, ne semble pas toujours aller de soi vu la pluralité des approchesqui s’intéressent aux pratiques interculturelle et vu les différents pièges dans lesquels le chercheur peut être pris ou attiré. Cela dit, il convient d’attirer l’attention sur deux pièges que nous qualifions de classiques et qui peuvent induire en erreur les recherches et les pratiques interculturelles, après quoi, nous proposerons certaines méthodologies et certaines démarches relatives au sujet de l’interculturel.

          a- L’objectivation de la culture

          Toute problématique définie comme étant interculturelle nous pousse à voir objectivement la notion de culture, et ce faisant, ne va pas sans accorder la priorité à l’examen et à l’analyse du « registre symbolique, des représentations collectives, des codes de communication et des sentiments d’appartenance, … »[4] Mais une telle approche, qui consiste à donner à la notion de culture un statut objectif, peut induire en erreur, et ce, en donnant à entendre que la culture est « un ensemble cohérent, identifiable qui nous apporte des informations sur des individus en particulier. »[5], or, cela ne peut être correct. Aujourd’hui, il s’est avéré que chaque individu peut participer « à plusieurs systèmes de références à l’intérieur de chacun des registres culturel, linguistique, social…L’identité est plurielle et la pluralité est présente au sein de chaque individu »[6]. Il serait donc fallacieux, trompeur de parler d’une culture donnée (maghrébine par exemple), comme s’il s’agit d’un ensemble cohérent, « d’un bagage commun, identifiable, porté par chaque individu »[7].

À suivre ( Introduction à l’interculturel )

Références bibliographiques :

  • CLANET Claude, L’interculturel : introduction aux approches interculturelles en éducation et en sciences humaines, Toulouse, PUM,1990
  • Déclaration de Mexico sur les politiques culturelles, adoptée par la Conférence mondiale sur les politiques culturelles, Mexico, 6 août 1982, Sommet Mondia Cult
  • COFRIMI, Lire Ecrire en WALLONIE. Méthodes et outils pédagogiques utilisés dans les formations à la démarche interculturelle, PDD DALIA, 2004.
  • Luc Collès, De la culture à l’interculturel ─ Panorama des méthodologies, 2010.

[1] CLANET Claude, L’interculturel : introduction aux approches interculturelles en éducation et ensciences humaines,Toulouse,PUM,1990

[2] cf. Déclaration de Mexico sur les politiques culturelles, adoptée par la Conférence mondiale sur les politiques culturelles, Mexico, 6 août 1982, Sommet Mondia Cult

[3] COFRIMI, Lire Ecrire en WALLONIE. Méthodes et outils pédagogiques utilisés dans les formations à la démarche interculturelle, PDD DALIA, 2004.

[4] Luc Collès, De la culture à l’interculturel ─ Panorama des méthodologies, 2010

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] Ibid.

ENS de Martil

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