LA PRINCESSE DE CLÈVES : personnages et résumé et analyse

la princesse de clèves
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LA PRINCESSE DE CLÈVES : personnages et résumé et analyse

La distribution des personnages à l’intérieur de l’intrigue

  • Les protagonistes
  • Mme de Clèves : personnage fictif, elle incarne les valeurs contradictoires de la société du XVIIè.
  • M. de Clèves : personnage historique très modifié. Il incarne la dimension tragique de la passion.

M. et Mme de Clèves partagent la même fragilité, le même désir d’absolu qui compromettent leurs chances de survie dans cette société où tout sentiment est étouffé.

  • M. de Nemours : il incarne l’expérience de la vie, la maturité et le désir.
  • L’entourage des protagonistes
  • les opposants à la passion : Mme de Chartres et M. de Nevers, qui ont un rôle parallèle et opposé. Ils représentent la conservation de l’ordre moral et social.
  • les aides : volontaires, la reine dauphine et le vidame de Chartres ; involontaire, Mme de Mercœur, sœur du duc de Nemours.
  • les détenteurs de l’information (ils la font circuler à l’intérieur de la cour) : outre la reine dauphine et le vidame déjà cités, Chastelart et d’Anville.
  • les rivaux de Nemours : le maréchal de Saint-André et le chevalier de Guise, amoureux de Mme de Clèves.
  • Les doubles symboliques
  • les personnages exemplaires : – Mme de Thémines (positif)

– Mme de Tournon (négatif)

  • les mariées : – Claude de France avec Charles de Lorraine, par intérêt.
    • Elisabeth de France avec Philippe II, contre son gré.
    • Madame, sœur du roi, avec le duc de Savoie, selon son désir.

Le mode de fonctionnement du pouvoir

  • Au centre du pouvoir se trouve un roi, gouverné par une femme : François Ier et Mme d’Étampes, Henri II et Diane de Poitiers, François II et Catherine de Médicis.
  • Deux clans rivaux se disputent les faveurs de cette femme toute-puissante pour accéder au pouvoir :
  • Les Montmorency : le connétable, son fils d’Anville, et leur alliés (le prince de Condé, le roi de Navarre, le duc de Nevers, père du prince de Clèves). D’Anville est marié à Mlle de La Marck, petite-fille de Diane de Poitiers.
  • Les Guise : le duc de Guise, le chevalier de Guise et le cardinal de Lorraine (3 frères), Marie Stuart, leur nièce, et leurs alliés (la famille de Chartres, donc Mme de Clèves). Le duc d’Aumale, frère du duc de Guise a épousé une fille de Diane de Poitiers. Ils ont par ailleurs l’appui de Catherine de Médicis.

Remarques : les deux clans rivaux ont des alliances par mariage avec Diane de Poitiers, mais elle hait les Guise à cause de leurs liens avec la reine, Catherine de Médicis ; le prince et la princesse de Clèves, par les intérêts de leurs familles, appartiennent aux deux clans opposés.

LA PRINCESSE DE CLÈVES : personnages et résumé et analyse

Résumé

  • Première partie : la rencontre (fin 1558)
  • Tableau de la cour d’Henri II

Le roman débute par un tableau brillant de la cour d’Henri II et une succession de portraits des grands personnages qui la composent. Derrière les fastes et les jeux se profilent de nombreuses intrigues amoureuses ou politiques. La cour est divisée en deux clans : d’un côté celui de la maîtresse du roi, la duchesse de Valentinois, et des Montmorency ; de l’autre celui de la reine, Catherine de Médicis, et des Guise. En toile de fond les négociations de la paix de Cercamp s’accompagnent de mariages princiers avec l’Espagne et la Savoie. On parle également d’un projet

de mariage entre Elisabeth, reine d’Angleterre, et le duc de Nemours.

  • Mariage de Mlle de Chartres et du prince de Clèves

Une beauté de quinze ans fixe sur elle l’attention de la cour. Sa mère Mme de Chartres lui a inculqué l’amour de la vertu et lui a peint les dangers de la galanterie1. Le jeune prince de Clèves la rencontre chez un joaillier et tombe passionnément amoureux d’elle sans connaître son rang. Diverses intrigues et volontés s’opposent à leur mariage mais, après la mort de son père, le prince est libre d’épouser Mlle de Chartres bien que celle-ci n’ait pour lui que de l’estime sans amour.

  • La surprise de l’amour

Lors d’un bal, Mme de Clèves danse avec M. de Nemours qui est ébloui et ne tarde guère à renoncer à ses ambitions. Elle-même est surprise et troublée. Sa mère plus clairvoyante lui raconte l’histoire de la passion jalouse de la duchesse de Valentinois pour François Ier puis Henri II, exemple des désordres et des conséquences funestes de la galanterie : Mme de Clèves prend conscience de son amour pour Nemours par la jalousie qu’elle ressent à l’idée qu’il pourrait être attaché à la reine dauphine. La mort de sa mère, les dernières recommandations et mises en garde laissent la jeune femme désemparée. Elle prétexte son deuil pour se retirer à la campagne. Elle apprend alors la mort de Mme de Tournon. M. de Clèves va lui révéler la personnalité réelle de cette dernière.

  • Deuxième partie : les signes et la progression de passion (début 1559)
  • Deux exemples des méfaits de la passion

Histoire de Mme de Tournon : exemple de dissimulation et de duplicité. Veuve apparemment inconsolable, elle a mené de front deux intrigues avec Sancerre et Estouville, chacun ignorant qu’il avait un rival. À peine rentrée à Paris, Mme de Clèves apprend par la dauphine combien M. de Nemours étonne son entourage par son changement et son refus d’épouser Elisabeth d’Angleterre. Elle pressent le rôle qu’elle y joue et ses soupçons sont confirmés par l’aveu détourné que lui fait Nemours de ses sentiments. Consciente de son propre amour, l’héroïne s’efforce de ne pas en donner de signes et évite le duc. Mais les contraintes de la cour l’amènent à le rencontrer et à entendre des déclarations sans toujours pouvoir cacher son trouble. Un jour la dauphine lui raconte l’histoire d’Anne de Boulen et d’Henri VIII, exemple des fureurs de la jalousie.

  • Les signes de la passion

Alors que l’on achève chez la dauphine un nouveau portrait de Mme de Clèves, le duc de Nemours s’empare d’un plus ancien qui appartient au mari de l’héroïne. Celle-ci se rend compte de l’indélicatesse mais ne dit rien par peur du scandale mais aussi pour accorder une faveur discrète à Nemours. Celui-ci, lors des préparatifs d’un grand tournoi en l’honneur de la paix et des noces royales, tombe de cheval. On le croit grièvement blessé et Mme de Clèves ne peut s’empêcher de manifester de la frayeur. Ravi de ce témoignage indirect, que le chevalier de Guise a également perçu, le duc se remet immédiatement de sa chute.

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  • Autour de la jalousie

Le même jour, on a apporté à la dauphine une lettre tombée de la poche de M. de Nemours. Elle la confie à Mme de Clèves pour la lire et lui en rendre compte. Arrivée chez elle, la princesse lit cette lettre de rupture d’une maîtresse qui accuse son amant d’infidélité et de dissimulation. Une violente jalousie secoue l’héroïne. Le vidame de Chartres, à qui cette lettre s’adresse en réalité, demande à Nemours de l’aider à la récupérer et pour le convaincre, lui raconte comment il est devenu le confident de la reine Catherine de Médicis tout en cachant à cette dernière son inclination pour Mme de Thémines.

  • Troisième partie : l’aveu (été 1559)
  • Un moment de bonheur

Le vidame finit son récit : la lettre est de Mme de Thémines qui a su sa liaison avec une femme d’importance secondaire. Il a rompu avec l’une et l’autre mais il craint la jalousie rétrospective de la reine, d’autant plus qu’il s’intéresse également à Mme de Martigues, amie de la dauphine dont la reine est jalouse. Nemours accepte d’aider le vidame dont l’histoire est un exemple des dangers de la galanterie. Reçu aigrement par la princesse, nouvelle marque d’intérêt, il réussit à la convaincre de son innocence en lui répétant le récit du vidame et en lui montrant un billet où l’on redemandait cette lettre à ce dernier. Il faut cependant rendre une lettre à la dauphine, le vidame a repris la

1 Galanterie : ce terme désigne dans tout le roman aussi bien le goût et l’art de la séduction que les aventures amoureuses elles-mêmes.

sienne. M. de Nemours et Mme de Clèves réécrivent cette lettre en un moment de liberté et de joyeuse complicité. La reine ne sera pas dupe de la supercherie.

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  • L’aveu

Demeurée seule, la princesse se remémore ses sentiments passés, de la jalousie au soulagement d’être détrompée. Elle se sent vaincue et surmontée par une inclination qui l’entraîne malgré elle. Prise de remords, elle demande à son mari d’aller passer quelques jours dans leur château de Coulommiers. M. de Nemours se rend dans la même région. Arrivé par hasard dans le parc du château, il assiste, caché, à l’aveu que Mme de Clèves fait à son mari de la passion qu’elle éprouve, tout en protestant de son honnêteté et en lui demandant de la protéger. Partagé entre l’admiration pour la confiance témoignée et la jalousie, le prince de Clèves demande en vain à sa femme le nom de son rival. Celui-ci ne pourra s’empêcher de raconter cette scène extraordinaire au vidame, sans révéler le nom des protagonistes.

  • La discorde

De retour à Paris, M. de Clèves harcèle sa femme pour percer son secret et ses soupçons se portent sur M. de Nemours. Le vidame n’a pu se taire et la scène de l’aveu est rapportée à la dauphine qui en parle à Mme de Clèves en présence du duc de Nemours. Elle est persuadée que celui-ci est l’amant de l’histoire mais ne voit pas dans quel embarras elle met la princesse. Cette dernière accuse alors son mari d’avoir trop parlé qui s’indigne et lui fait les mêmes reproches. De son côté Nemours se désole de son indiscrétion. La troisième partie se termine sur les fêtes somptueuses en l’honneur du mariage de Madame, Elisabeth, fille du roi (à ne pas confondre avec Madame, Marguerite, sœur du roi) et de Philippe II d’Espagne. Lors d’un tournoi, où le duc porte des couleurs qui évoquent par leur symbolisme Mme de Clèves, Henri II est mortellement blessé.

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  • Quatrième partie : le refus (dernier trimestre 1559-1560)
  • La jalousie de M. de Clèves

La nouvelle cour se met en place autour de François II, les Guise y deviennent tout-puissants. La duchesse de Valentinois est chassée. Nemours vient rendre visite à Mme de Clèves qui refuse de le recevoir. Cette attitude significative provoque une violente scène de jalousie de la part de M. de Clèves. Il part pour Reims, lieu du sacre du nouveau roi, alors que Mme de Clèves se réfugie à Coulommiers. Après la cérémonie, la cour se rend à Chambord. Le duc de Nemours prétexte des affaires à Paris pour aller auprès de Mme de Clèves, mais le prince le fait suivre.

  • Coulommiers

M. de Nemours arrive de nuit au château de la princesse. Il la surprend dans une rêverie délicieuse, entourée d’objets qui le concernent mais se sauve dès qu’elle l’aperçoit indistinctement au moment où il tente de pénétrer dans la pièce. Bouleversé par ce témoignage, le duc revient dans le parc la nuit suivante pour ne trouver que portes closes. Le lendemain il accompagne sa sœur chez la princesse qui écourte la visite.

  • La mort du prince de Clèves

Le rapport de l’espion apprend à M. de Clèves que M. de Nemours s’est rendu trois fois chez la princesse, dont deux de nuit. Le prince tombe malade, persuadé de l’infidélité de sa femme. Effrayée, celle-ci vient au chevet de son mari qui lui fait des reproches. Elle tente de se disculper mais il est trop tard. Mme de Clèves, rongée de remords, mène un grand deuil. Plusieurs mois plus tard, elle apprend que le duc passe ses journées à rêver en face de chez elle. Elle le rencontre même dans un jardin, si perdu dans ses pensées qu’il ne la voit pas. L’attitude du duc réveille en elle la passion la plus vive que combat le souvenir de son mari.

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  • Le renoncement

M. de Nemours demande au vidame de lui arranger une entrevue avec la princesse. Une longue conversation montre les sentiments contradictoires de cette dernière, prise entre son amour, qu’elle accepte d’avouer, et la crainte d’y céder, qui est la plus forte. Elle se fonde principalement sur l’appréhension d’un futur hasardeux et malheureux. Elle part pour les Pyrénées, y tombe malade et, affaiblie, se retire chez des religieuses. Elle refuse d’y revoir M. de Nemours et même d’entendre parler de lui. La passion du duc s’éteindra et Mme de Clèves achèvera sa courte vie dans des occupations austères.

La dissertation littéraire en classe de première Sujet sur La Princesse de Clèves de Mme de Lafayette
D’après votre lecture de La Princesse de Clèves et des autres textes du parcours associé, les passions sont-­‐elles condamnables ?
Vous répondrez à cette question dans un développement structuré. Votre travail s’appuiera sur l’œuvre de Mme de Lafayette, ainsi que sur les textes que vous avez étudiés en classe dans le cadre du parcours associé à cette œuvre.

Pourquoi ce sujet ? Parce les passions (et nous verrons qu’il y en a de diverses natures !) sont au cœur du roman de Mme de Lafayette. Elles sont à la source de toutes sortes de dérèglements, sur lesquels l’auteur porte manifestement un regard critique.
Ce sujet permet également d’articuler au sein d’une réflexion les trois notions du parcours associé (individu, morale, société).
La passion est en effet le plus souvent une expérience individuelle, qui peut conduire le sujet à entrer en conflit avec le devoir, avec certaines valeurs, notamment morales et spirituelles, qui peuvent être relayées ou non par la société.

Introduction

A travers leurs œuvres, les écrivains poursuivent volontiers une réflexion sur les passions humaines, notamment lorsque ces passions entrent en conflit avec les valeurs de la morale et de la religion, qui ont souvent un rôle structurant dans la société. Au XVIIe siècle notamment, les moralistes et les auteurs qui se rattachent à ce courant conduisent une analyse sans concession des passions. Ainsi, quel regard Mme de Lafayette, qui publie anonymement La Princesse de Clèves en 1678, porte-­‐t-­‐elle sur les passions ? Les passions font-­‐elles dans ce roman l’objet d’une condamnation explicite ? On peut rappeler pour commencer l’étymologie du terme qui constitue le cœur du sujet : le mot passion vient du latin passio, formé sur le participe passé du verbe déponent patior qui signifie souffrir, supporter, endurer. Avec une majuscule, ce terme s’utilise également pour faire référence au supplice qui accompagne la mort du Christ.

LA PRINCESSE DE CLÈVES : personnages et résumé et analyse

Originellement, la passion est ainsi associée à la souffrance, à un tourment sur lequel il n’est pas de prise possible. Mais le mot s’utilise aussi pour faire référence à un amour exalté et souvent exclusif pour une personne, une occupation ou une chose. Cette exaltation peut contribuer à développer les énergies du sujet qui l’éprouve, et le conduire à se découvrir lui-­‐même et à s’affirmer. Dans cette perspective, la passion peut être perçue positivement. La passion est donc une notion ambivalente, profondément liée à l’individualité du sujet, et l’on comprend aisément qu’elle se situe au cœur de nombreuses œuvres littéraires, notamment romanesques. La Princesse de Clèves se focalise ainsi sur l’analyse d’une passion brûlante entre deux personnages d’exception (par leur rang, leur beauté, leurs qualités intrinsèques…), qui doivent cependant dissimuler les sentiments qu’ils éprouvent à tous ceux qui les entourent. Si cette passion amoureuse occupe le premier plan de cette œuvre, d’autres types de passions sont également représentées (passion jalouse, passion du pouvoir, passion de la grandeur, de la gloire : comme le rappelle Jean-­‐Michel Delacomptée dans son essai justement titré Passions, La Princesse de Clèves est « le roman de tous les amours », « des amours vécus chaque fois sur un mode intense », exalté. Le pluriel du sujet qui nous est proposé se justifie ainsi pleinement. A travers ce roman, Mme de Lafayette poursuit une analyse critique de toutes ces passions, et notamment des tourments qui assaillent le personnage éponyme, partagé entre l’amour violent qu’elle éprouve pour le duc et son attachement à un certain nombre de valeurs, au premier rang desquelles la vertu. Cependant, est-­‐il possible de disqualifier totalement les passions, dans la mesure où celles-­‐ci sont intimement liées à l’appréhension de l’intériorité du sujet, qui constitue à partir de Mme de Lafayette un des objectifs du romancier ? Un romancier peut-­‐il assumer une condamnation complète des passions ?
Nous montrerons que La Princesse de Clèves est indéniablement marquée par une conception négative des passions, qui fait écho à celle que développent d’autres œuvres à la même époque. Cependant, la passion ne saurait être totalement disqualifiée ni condamnée dans ce roman, dans la mesure où elle s’accompagne d’une découverte, voire d’une affirmation de soi. De sorte que finalement, l’œuvre nous invite à une réflexion ouverte sur la passion, bien éloignée des jugements moraux trop tranchés.

I. Une conception négative des passions

Mme de Lafayette, comme d’autres auteurs de son époque, présente les passions de manière très critique, en soulignant l’incapacité de la raison à les contrôler. Les passions sont par ailleurs associées à la souffrance, voire à la mort dans son roman. Seule la solitude de la retraite et de la méditation permettent ainsi d’échapper aux ravages causés par ces pulsions destructrices.

1) Une puissance irrésistible, qui échappe au contrôle de la raison

Dans La Princesse de Clèves, Mme de Lafayette souligne que la passion est une force irrésistible, qui conduit les personnages les plus vertueux à perdre le contrôle d’eux-­‐ mêmes. Ainsi, Mme de Clèves, en dépit de l’éducation qu’elle a reçue et de la force morale qui la caractérise, peine à conserver la maîtrise de ses sentiments, de ses paroles, de son corps et de ses actes lorsqu’elle se trouve en présence du duc de Nemours.
Des indices de son amour lui échappent malgré elle, comme en témoigne la scène où elle réécrit la lettre perdue de Mme de Thémines en compagnie du duc, dans la troisième partie du roman. La narratrice note alors que durant ces quelques heures « elle ne sentait plus que le plaisir de voir monsieur de Nemours ». Mais aussitôt après le départ du duc, lorsqu’elle se retrouve seule, elle revient « comme d’un songe » (p. 155-­‐156, édition « Le Livre de poche »), comparaison qui souligne clairement la part d’illusion que comportait le plaisir initial. Dès cet instant, les remords reviennent en force, et Mme de Clèves ne peut que constater son impuissance complète à dominer ses sentiments : « Je suis vaincue et surmontée par une inclination qui m’entraîne malgré moi : toutes mes résolutions sont inutiles (…). » (157) Le recours au style direct, dans ce soliloque, permet de mettre en évidence les conséquences de l’aliénation amoureuse.
Quelques années plus tôt, dans ses Maximes (1665), La Rochefoucauld poursuivait également un réquisitoire sévère contre les passions. Recourant à la brièveté et à l’efficacité caractéristiques de l’aphorisme, il note par exemple dès la première page de son ouvrage que « la passion fait souvent un fou du plus habile homme » (maxime 5). Rappelons que Mme de Lafayette et La Rochefoucauld, qui entretiennent des liens d’amitié étroits, sont tous deux marqués par l’influence d’un mouvement spirituel très important au XVIIe siècle, le jansénisme, qui présente l’homme comme une créature pleine de faiblesses, qu’une raison défaillante rend particulièrement vulnérable aux atteintes de la passion. Mme de Lafayette est notamment une fervente lectrice des

Pensées de Pascal (dans l’édition de Port-­‐Royal qui paraît en 1670), qui associe passion et aveuglement.

LA PRINCESSE DE CLÈVES : personnages et résumé et analyse

2) Une cause de souffrances et de destruction

La passion est également condamnable dans la mesure où elle est cause de souffrances infinies. Ainsi, à l’exception de quelques brefs moments de répit, passés en compagnie du duc, la princesse apparaît sans cesse en proie aux tourments dans le roman de Mme de Lafayette. Un paroxysme de souffrance est atteint lorsqu’elle découvre la lettre de Mme de Thémines, qu’elle pense adressée au duc. Après avoir relu plusieurs fois cette lettre « sans savoir néanmoins ce qu’elle avait lu » tant elle est troublée, la princesse se laisse gagner par un profond désespoir, notamment parce qu’elle vient de laisser paraître des marques de sa passion à un homme qu’elle juge désormais infidèle, et donc indigne d’être aimé.
« Jamais affliction n’a été si piquante et si vive » (p. 132), note sobrement la narratrice. Bien que Nemours parvienne ensuite à se disculper (il n’est pas le destinataire de la lettre !), cet épisode reste profondément ancré dans la mémoire de la princesse, et justifie en partie son refus d’épouser le duc à la fin du roman.
Et que dire du désespoir du prince de Clèves, qui se laisse littéralement mourir de chagrin après avoir découvert la passion de son épouse pour un autre homme que lui ! La passion est ainsi associée aux tourments de la jalousie, et à une souffrance qui peut être proprement mortelle.
En guise d’ouverture à d’autres textes qui pourraient figurer dans le parcours associé, on peut songer à l’analyse très pessimiste que Proust accomplit de la jalousie amoureuse, notamment dans Un amour de Swann.
Bien que Swann n’éprouve pas un amour sincère pour Odette, il est néanmoins rongé par la jalousie, dès le début de la relation qu’il entretient avec la jeune femme, au point que ce sentiment prend rapidement le pas sur le reste, et devient chez le personnage une véritable obsession, un cancer « qui n’est plus opérable »… Tout cela pour une femme qui n’était « même pas son genre », comme le comprend un peu tard Swann… Dans les dernières lignes de l’œuvre, le personnage souligne ainsi lui-­‐même, pour le regretter, qu’il a « gâché des années de sa vie, qu’il a voulu mourir, qu’il a eu son plus grand amour, pour une femme qui ne lui plaisait pas… »

Cette analyse sans concession de la jalousie souligne, comme chez Mme de Lafayette, à quel point la passion peut être destructrice.

3) La promotion de la retraite et de la solitude

Ainsi, pour Mme de Lafayette comme pour d’autres auteurs, il est impossible de lutter contre la passion. Seules la retraite et la méditation solitaire permettent un retour à la sérénité.
Dans le roman de 1678, la princesse tente à plusieurs reprises de fuir la présence de l’homme qu’elle aime, en suppliant son mari de la laisser se retirer dans leur domaine de Coulommiers. Mme de Clèves a ainsi parfaitement conscience qu’il lui faut « (s)’arracher de la présence de monsieur de Nemours », ce qui la conduit à faire l’aveu partiel de ses sentiments à son mari.
Plus largement, Mme de Lafayette souligne le dégoût de son personnage pour l’agitation de la cour, pour les multiples intrigues galantes qui s’y trament sans cesse, souvent associées à des querelles de pouvoir. Elle qui a été élevée loin de la cour aspire très rapidement à prendre ses distances avec cet univers corrompu, où l’on songe toujours à
« s’élever, à plaire, à servir ou à nuire » (p. 59).
Cet éloignement lui paraît d’autant plus nécessaire que cette société refermée sur elle-­‐ même, ce huis clos que constitue la cour est sans cesse aux aguets des faits et gestes de chacun, notamment lorsqu’ils sont susceptibles d’alimenter la rumeur et de servir leurs propres intérêts.
Mme de Clèves prend rapidement conscience des dangers auxquels elle est exposée en raison de ses sentiments pour le duc ; elle exprime donc à plusieurs reprises son souhait de s’éloigner de ce milieu.
Nemours (qui est en quelque sorte l’incarnation la plus parfaite de cette société de cour) ne respecte nullement ce désir de solitude, et par deux fois, il franchit les palissades qui séparent la forêt du jardin fleuri de Coulommiers où la princesse a trouvé refuge. Ce n’est qu’à la toute fin du roman que Mme de Clèves parvient à échapper au duc, en se retirant dans une maison religieuse, et en refusant de répondre à toute sollicitation de Nemours, et plus largement à toute sollicitation du monde extérieur.
Cette recherche de la solitude n’est pas sans rappeler les dernières années de la vie de l’auteur elle-­‐même : après la mort de La Rochefoucauld, suivie de celle de son mari, Mme

de Lafayette cesse toute activité mondaine, vit dans une retraite de plus en plus complète, et se consacre à la méditation religieuse, en poursuivant une correspondance avec l’abbé de Rancé, réformateur de La Trappe.

L’œuvre de Mme de Lafayette se caractérise ainsi par une conception très pessimiste de la passion, et en cela, elle fait écho à d’autres textes importants de son époque. Cependant, est-­‐il possible de condamner de manière univoque l’ensemble des passions humaines et de s’en détourner complétement ?

II. Une impossible disqualification

Les passions ne peuvent cependant être totalement rejetées, ne serait-­‐ce que parce qu’il est impossible de s’en protéger, et qu’elles font partie intégrante de notre condition. Plus profondément, elles sont aussi l’occasion d’une maturation et d’une découverte de soi. Nous verrons enfin que certains auteurs les considèrent bien plus positivement que Mme de Lafayette.

1) Les passions font partie intégrante de notre condition

L’existence des passions ne saurait être niée, et leur pouvoir minoré. L’austère Mme de Chartres fait ainsi une place à l’évocation de ces sentiments violents dans l’éducation qu’elle donne à sa fille.
On se souvient ainsi que, dès le portrait initial du personnage éponyme, la narratrice revient par le biais d’une analepse sur la manière dont la jeune fille a été élevée, loin de la cour et de son agitation.
Mme de Lafayette fait ressortir la singularité du parti pris par Mme de Chartres, en le distinguant du choix traditionnellement opéré par les mères de famille : « La plupart des mères s’imaginent qu’il suffit de ne parler jamais de galanterie devant les jeunes personnes pour les en éloigner ; madame de Chartres avait une opinion opposée, elle faisait souvent à sa fille des peintures de l’amour ; elle lui montrait ce qu’il a d’agréable pour la persuader plus aisément sur ce qu’elle lui en apprenait de dangereux (…) ». Ce choix ne suffira pas à préserver durablement la jeune fille des dangers de la passion, mais il souligne la forte conscience que Mme de Chartres a de ces dangers.

On peut également souligner que Mme de Chartres prend conscience, bien avant sa propre fille, de la violence de la passion qui tourmente cette dernière. Sur son lit de mort, elle s’adresse ainsi à la jeune femme : « Il y a longtemps que je me suis aperçue de cette inclination ; mais je ne vous en ai pas voulu parler d’abord, de peur de vous en faire apercevoir vous-­‐même. » (p. 91)
L’austère Mme de Chartres n’ignore donc rien des passions et de leurs conséquences…

Dans La Princesse de Montpensier (1662), Mme de Lafayette soulignait déjà l’omniprésence et le caractère fatal des passions. Dès la première phrase de la nouvelle, elle soulignait qu’en pleine guerre civile, « l’amour ne laissait pas de trouver sa place parmi tant de désordres » : Mlle de Mézières et le duc de Guise nourrissent très jeunes des sentiments passionnés l’un pour l’autre, finalement contrecarrés par le mariage de la jeune fille avec le prince de Montpensier. La passion des deux jeunes gens ne s’éteint pas pour autant, et l’on se souvient des conséquences désastreuses que produit cet amour exalté dans la nouvelle.
(Dans ses Maximes, La Rochefoucauld souligne également cette omniprésence des passions dans le cœur humain, comme en témoigne le dixième aphorisme : « Il y a dans le cœur humain une génération perpétuelle de passions, en sorte que la ruine de l’une est presque toujours l’établissement d’une autre. » Il est donc impossible de se protéger des passions, dont il faut tenter de comprendre le fonctionnement.)

2) Les passions permettent au sujet de se découvrir et d’accéder à une forme de maturation

L’expérience de la passion est cependant pour l’individu l’occasion d’une découverte de soi, qui lui permet d’accéder à une véritable intériorité. La jeune Mlle de Chartres, qui accepte dans la première partie du roman d’épouser un homme qu’elle n’aime pas (elle n’a, de son propre aveu, « aucune inclination particulière pour sa personne ») apparaît comme un personnage dénué de profondeur. Elle n’a pas connaissance de sa propre intériorité, et n’a pas eu l’occasion de se constituer véritablement en sujet.
Les reproches du prince de Clèves, qui a obtenu sa main, tout en ayant cruellement conscience de n’avoir éveillé aucun sentiment dans son cœur, l’embarrassent ainsi profondément. Le prince souhaiterait, on s’en souvient, que la jeune fille lui témoigne

davantage que de la bonté : « vous n’avez pour moi qu’une sorte de bonté qui ne me peut satisfaire, vous n’avez ni impatience, ni inquiétude, ni chagrin », lui dit-­‐il. Mais à cela, le personnage ne sait pas répondre : « ces distinctions étaient au-­‐dessus de ses connaissances », note simplement la narratrice.
C’est la rencontre avec Nemours, peu de temps après, qui va ouvrir le cœur de la princesse à la connaissance de sentiments autrement plus vifs, dont elle met du reste quelque temps à prendre pleinement conscience. Ce qu’elle éprouve alors pour le duc n’a aucune commune mesure avec l’estime qu’elle ressent pour le prince.
Et c’est bien l’épreuve de la passion, à tous les sens du terme, qui va conduire Mme de Clèves à se découvrir elle-­‐même, ce dont la progression du roman rend clairement compte, en laissant une part de plus en plus importante aux soliloques du personnage, qui accède progressivement à une compréhension de ses sentiments.
Ce processus de maturation s’accompagne d’ailleurs d’un accès progressif à une parole maîtrisée et autonome : alors qu’elle parle très peu au début du roman, l’héroïne se montre capable, dans la dernière partie de l’œuvre, d’exposer au duc les raisons de son refus de l’épouser, en un discours long parfaitement construit.

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3) Une possible réhabilitation des passions

Dans le roman de Mme de Lafayette, la passion ne conduit cependant pas le personnage principal à un épanouissement de son être, loin s’en faut. Au siècle des Lumières, en revanche, le regard porté sur les passions se modifie, parallèlement à une conception beaucoup plus optimiste de la nature humaine. Loin d’être considérées comme des forces destructrices, les passions sont désormais perçues comme des sources d’agréments et de plaisirs, indispensables à la quête du bonheur.
Dans son Discours sur le bonheur (1779), Emilie du Châtelet prend ainsi clairement ses distances avec le rigorisme des jansénistes, et souligne qu’il est nécessaire de cultiver les passions, ou, à tout le moins, des goûts : « Les moralistes qui disent aux hommes : réprimez vos passions, et maîtrisez vos désirs, si vous voulez être heureux, ne connaissent pas le chemin du bonheur. On n’est heureux que par des goûts et des passions satisfaites ; je dis des goûts, parce qu’on n’est pas toujours assez heureux pour avoir des passions (…) ».

Cette réhabilitation des passions se poursuit chez les romantiques, qui voient dans la passion une source d’inspiration, voire d’énergie. Au « vague des passions » qui tourmente ainsi René, en orientant ses désirs vers une quête d’absolu succède ainsi la célèbre affirmation de Balzac, à l’ouverture de la Comédie humaine : « La passion est toute l’humanité. Sans elle, la religion, l’histoire, le roman, l’art seraient inutiles. » Tous les grands personnages balzaciens sont ainsi d’authentiques passionnés, même si leur passion tourne parfois à la monomanie…

Il n’est donc pas envisageable de disqualifier totalement les passions, ne serait-­‐ce que parce qu’elles constituent un des « matériaux » privilégiés du romancier, et plus largement de tout écrivain qui souhaite accéder à l’analyse de l’intériorité humaine. Les passions font par ailleurs l’objet d’une réévaluation à partir du XVIIIe siècle, avant d’être placées au cœur du mouvement romantique.
Cependant, le rôle de la littérature n’est-­‐il pas de nous amener à poursuivre une réflexion personnelle sur les passions, sans conditionner notre point de vue à l’énoncé de jugements moraux univoques ?

III. Une réflexion ouverte

La littérature n’a pas pour fonction de délivrer des jugements définitifs sur les passions, non plus que sur d’autres sujets. La narratrice de La Princesse de Clèves se caractérise ainsi par sa discrétion, laissant le lecteur libre de juger les personnages de l’œuvre comme il l’entend. Plus largement, l’œuvre met en scène une grande diversité de passions, de sorte que c’est la complexité de ce type de sentiments qui est finalement mise en évidence. Le roman de Mme de Lafayette demeure ainsi le lieu d’un débat toujours renouvelé, qui s’inscrit dans la continuité des discussions occasionnées par la publication de l’œuvre.

LA PRINCESSE DE CLÈVES : personnages et résumé et analyse

1) Une narratrice très discrète

Les interventions de la narratrice, dans La Princesse de Clèves, demeurent très discrètes. Si elle accomplit quelquefois de courtes digressions au présent de vérité générale,

permettant d’ouvrir son propos à une dimension universelle, elle s’abstient en revanche de juger explicitement ses personnages.
Ainsi, le lecteur ne saura jamais ce que pense la narratrice du duc de Nemours : est-­‐il un séducteur invétéré, comme le pense Mme de Chartres ? Ou éprouve-­‐t-­‐il pour Mme de Clèves un amour authentique ? Le dénouement du roman précise simplement qu’après
« des années entières », sa passion finit par s’éteindre, mais cette indication reste très elliptique, et ne disqualifie nullement le personnage.
De plus, les raisons du refus final énoncé par la princesse, lors de sa dernière entrevue avec Nemours, sont marquées par une certaine ambivalence : certes, Mme de Clèves souligne combien il lui importe de rester fidèle à la mémoire de son mari, combien elle tient à rester en « repos », mais elle insiste également sur sa crainte de voir la passion de Nemours s’affaiblir avec le temps. Le devoir et l’orgueil se mêlent finalement dans cette décision de la princesse, qui ne parviendra à dominer sa passion qu’en fuyant l’objet qui l’inspire…
Cette discrétion de la narratrice peut être rapprochée de l’effacement de la voix du moraliste dans des œuvres comme Les Caractères de La Bruyère ou les Maximes de La Rochefoucauld : dans ces recueils de fragments et de portraits, l’auteur n’énonce jamais son point de vue à la première personne du singulier, et la discontinuité du texte interdit par ailleurs toute interprétation univoque.

2) La pluralité et la complexité des passions humaines

La réflexion sur les passions demeure d’autant plus ouverte dans La Princesse de Clèves que le roman ne cesse d’en souligner la diversité. Ainsi, la passion de la princesse pour le duc n’est pas superposable à celle que le duc, en retour, éprouve pour elle, et la passion du prince de Clèves pour sa femme est encore d’une autre nature, la notion d’ « estime » y jouant un rôle important.
Ces trois formes de passions amoureuses reposent du moins sur des sentiments sincères, ce qui n’est pas le cas de toutes les passions dans le roman : l’attirance que le roi Henri II éprouve pour la duchesse de Valentinois, « depuis plus de vingt ans » est ainsi présentée, dès l’incipit, comme anormale, voire contre-­‐nature. Le premier récit enchâssé, pris en charge par Mme de Chartres, revient d’ailleurs de manière très critique sur cette relation particulière, minée par le mensonge et l’intérêt : « ce n’est ni le mérite

ni la fidélité de madame de Valentinois qui a fait naître la passion du roi, ni qui l’a conservée, et c’est aussi en quoi il n’est pas excusable (…). »
D’autres passions, plus obscures encore, sont représentées dans le roman, notamment à travers les histoires enchâssées : la passion de Sancerre pour Mme de Tournon se révèle totalement aveugle à la duplicité de cette femme, tandis que les sentiments que le vidame de Chartres éprouve pour ses conquêtes successives sont marqués par une grande instabilité et par la quête forcément infinie du plaisir des sens. Enfin, la passion du pouvoir (la libido dominandi 1 , dans une perspective augustinienne) est aussi représentée dans l’œuvre de Mme de Lafayette, notamment à travers le personnage de Catherine de Médicis, qui exerce avec les Guise une influence importante sur la conduite des affaires du royaume, après la mort d’Henri II.
Il est facile de souligner, sur ce point, que le roman ne cesse de mettre en valeur la diversité et la richesse des passions humaines : le seul personnage de Julien, dans Le Rouge et le Noir, réunit en lui plusieurs passions, qui ne sont contradictoires qu’en apparence : il nourrit en effet une forte ambition personnelle, tout en laissant grandir en lui passion qui se découvre pure pour Mme de Rênal, passion qui n’interdit cependant pas le développement d’une attirance ambivalente pour Mathilde, etc…
Pour reprendre la formule de Milan Kundera, le roman n’a de cesse de se pencher sur l’énigme du moi. « L’esprit du roman est l’esprit de complexité. Chaque roman dit au lecteur : « Les choses sont plus compliquées que tu ne le penses. » (L’Art du roman, p. 30)

3) Le roman comme lieu d’un débat toujours ouvert

C’est sans doute cette complexité et cette richesse dans la représentation des passions, ainsi que l’absence de jugement explicite de la narratrice dans La Princesse de Clèves, qui expliquent les débats occasionnés par la publication de l’œuvre.
Tout en suscitant un engouement important, le roman donne en effet lieu à de nombreuses discussions dans les salons littéraires de l’époque, et le Mercure galant, un mensuel très apprécié par l’aristocratie mondaine, va jusqu’à proposer à ses lecteurs

1 Le désir de dominer, cultivé pour lui-­‐même, est une des trois formes de concupiscences dégagées par saint Augustin dans la Cité de Dieu. La concupiscence est le penchant humain à jouir des biens terrestres.

une « question galante » autour de la scène de l’aveu, que l’on peut résumer en ces termes : est-­‐il vraisemblable qu’une princesse avoue à son mari sa passion pour un autre homme ?
Le journal reçoit de nombreuses réponses, qui sont publiés dans les numéros suivants. Et les lecteurs sont loin d’être d’accord entre eux ! Le philosophe Fontenelle trouve l’aveu de la princesse « admirable et très bien préparé », tandis que Bussy-­‐Rabutin, le cousin de Mme de Sévigné, juge le passage « extravagant » et même « ridicule » (lettre de Bussy-­‐Rabutin du 29 juin 1678).
Le débat, loin de se tarir, continue de s’enrichir au fil des publication critiques : Georges Forestier, dans un article publié en 1980 dans les Lettres romanes, est ainsi le premier à mettre en évidence l’importance cruciale du personnage de Mme de Chartres, tandis que Jean Rousset insiste, dans Forme et signification (1995), sur l’importance des récits enchâssés dans le roman.

LA PRINCESSE DE CLÈVES : personnages et résumé et analyse
Dans le prolongement de l’œuvre, on peut enfin souligner la diversité des adaptations cinématographiques qui ont été proposées depuis un demi-­‐siècle : en 1961, le film de Jean Delannoy, reprenant le titre du roman, se focalise sur la passion impossible de la princesse et du duc, tandis que le film de Manoel de Oliveira, La Lettre (1999) transpose le roman dans le Paris bourgeois du XXe siècle, et fait du duc de Nemours un chanteur pop à la mode… Enfin, le film de Christophe Honoré, La Belle personne (2008), est situé dans un lycée des beaux quartiers de la capitale, et suit la relation trouble qui se noue entre un professeur d’italien et une de ses élèves. Ces variations cinématographiques mettent rétroactivement en évidence la richesse du roman, ouvert à de multiples relectures, notamment dans le traitement de la thématique des passions.
Loin de délivrer une leçon définitive sur les passions, le roman de Mme de Lafayette nous invite à poursuivre une réflexion personnelle sur ce motif.

Conclusion

S’il est indéniable que La Princesse de Clèves est marquée par une vision pessimiste des passions humaines, associées à la perte de contrôle de soi, à la souffrance et même à la mort, le roman ne disqualifie pas pour autant ce type de sentiments. L’expérience de la passion fait en effet partie intégrante de notre condition, et elle est par ailleurs associée à un processus d’introspection conduisant le sujet à se découvrir lui-­‐même. Enfin, le

roman ne nous délivre aucune leçon sur les passions, et la narratrice, très discrète, se garde de tout jugement explicite sur ses personnages. Ce qui laisse ouverte la possibilité de relectures et d’interprétations multiples, comme le montrent les différentes adaptations de l’œuvre pour le cinéma.

(Laure Helms)

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Author: Prof.Ziani

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