cours de langue la narration

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ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE

MARTIL

Professeur : Kamal El BOUKILI

Semestre : II

Module 10 : Catégories du récit (suite du cours)

La narration ( cours de langue )

Éléments de définition

          C’est la relation détaillée, écrite ou orale, d’une histoire / d’un récit dans une œuvre littéraire. Autrement dit, c’est l’exposé développé des faits constituant la trame ou l’intrigue d’une œuvre telle que le roman, l’autobiographie, la nouvelle, le conte, la lettre, etc.

          La narration se caractérise par l’emploi des verbes d’action et de mouvements, lesquels verbes indiquent la manière dont progresse l’histoire (le récit) qui se situe dans un lieu et un temps donnés.

   Narration et histoire ; narration et récit

Récit / Histoire

          Le récit consiste dans l’acte de raconter. Il s’agit en quelque sorte du contenant, des mots et expressions pour un texte écrit ou oral et des images pour un film (le cas du cinéma muet par exemple) ; tandis que l’histoire constitue le contenu du récit, ce que le récit nous raconte. Donc, tout récit, comme contenant (verbal ou non verbal si l’on peut s’exprimer ainsi), doit avoir un objet, dois nous raconter quelque chose. « Cet objet est l’histoire : celle-ci doit être transmise par un acte narratif qui est la narration. Histoire et narration sont des constituants nécessaires de tout récit »[1]

          Donc, « un récit est un discours oral, écrit (ou iconographique) qui présente une histoire ; la narration est l’acte qui produit le récit ».

La narratologie ( cours de langue la narration)

          Le mot « narratologie » est un néologisme apparu dans la seconde moitié du XXe siècle ; un néologisme composé d’un préfixe « narrato » (narration) et du suffixe « logie » (science). Ce qui veut dire littéralement « science de la narration ». Science qui étudie le récit de fiction en général.  Science dont l’objet est l’étude des différents procédés de la narration, des mécanismes du récit, ainsi que les propriétés du discours qui relate des événements.

          « Il existe deux orientations de la narratologie : la première, appelée couramment Sémiotique narrative, est représentée par « Propp, Bermond, Greimas, etc. Elle vise la narrativité de l’histoire sans se soucier du support qui la véhicule  – roman, nouvelle, conte, film, bande dessinée, etc. – puisqu’un même événement peut être relaté par des médiums [supports] différents. Elle [la sémiotique narrative] étudie des contenus narratifs dont elle entend dégager les structures profondes et réputées universelles, dépassant les communautés linguistiques (pour une Introduction, lire Adam 1984) »[2]

          L’autre orientation de la narratologie prend pour objet, non pas l’histoire, mais le récit comme mode de représentation verbale de l’histoire et tél qu’il [le récit] s’offre directement à l’analyse. Elle étudie également les relations entre les trois plans que sont le récit, l’histoire et la narration et répondra aux questions : qui raconte quoi ? Selon quelles modalités ?

Le personnage

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  • Les caractéristiques des personnages

          Chaque personnage se distingue par un profil spécial et des renseignements donnés à la fois par le narrateur et les personnages eux-mêmes à travers leurs paroles et leurs pensées.

          Nous pouvons recueillir les renseignements sur les personnages par le moyen d’une fiche que nous pouvons décliner, à titre d’exemple, comme suit :

Désignation des personnagesExemples : Jean ; Jacques ; Nathalie, le dénommé X ; le surnommé Y,…
Traits physiques/ Apparences (ce que l’on voit)Mesurant deux mètres ; pesant 90kg ? Maigre ; chétif ; malingre…
Traits psychologiques (pas explicites, il faut les déduire)– Elle est correct et serviable, mais très orgueilleuse. – C’est un homme aimable, complaisant, bienveillant,…
Traits sociaux (classe sociale, milieu familial, socioculturel et économiqueIl appartient à la classe moyenne, c’est quelqu’un de très fortuné ; un type misérable, nécessiteux Une femme issue de la classe bourgeoise ; un homme bien nanti ;…

          Les personnages peuvent être classés en deux grandes catégories, lesquelles catégories présentent des sous-classes ou sous-catégories que nous pouvons décliner comme suit :

          La première catégorie concerne les personnages principaux, les personnages les plus importants de l’histoire. Ils y sont décrits en profondeur et c’est autour d’eux que tourne l’intrigue (intrigue = ce autour de quoi tourne l’action). Assez souvent, la psychologie de ces personnages se développe au fil des événements, ils connaissent des transformations au cours de l’histoire et participent fortement au changement d’un autre personnage.

          Les personnages principaux dans une histoire de fiction sont de deux types : les protagonistes et les antagonistes. Dansle cas du roman policier (le polar) par exemple, c’est le tueur qui joue le rôle de l’antagoniste ; tandis que le rôle du protagoniste est incarné par l’enquêteur. Dans une histoire d’amour, le héros et l’héroïne, loin d’un rapport d’antagonisme, se présentent, tous les deux comme étant protagonistes. Cependant, le rapport d’antagonisme, d’opposition est incarné par tout ce qui est de nature à nuire, à porter atteinte à l’action du protagoniste.

          La deuxième catégorie concerne les personnages secondaires : il s’agit de personnages n’ayant pas le même poids et la même profondeur que les personnages principaux. Généralement, ces personnages ne connaissent pas des évolutions physiologiques et psychologiques au cours de l’histoire, mais ils permettent de créer l’atmosphère et les conditions du développement psychologique et / ou psychologique du personnage principal.

          Cette catégorie des personnages secondaires (dits aussi personnages satellites) présente plusieurs types ou sous-catégories dont nous pouvons décliner les exemples suivants : les mentors, les excentriques, les personnages mémorables, Les personnages phobiques, l’adversaire, le faux adversaire, les révélateurs, les personnages sacrificiels, le personnage miroir, les testeurs, le personnage accompagnateur, etc. Pour plus de précision, nous allons identifier ceux qui sont le plus couramment mis à contribution dans un récit de fiction.

Les mentors ( cours de langue la narration )

          Ce sont les personnages dont le rôle consiste à initier, guider et enseigner le personnage principal.

  • Les excentriques  

          Il s’agit de personnages qui ne se conforment pas aux normes de la société et qui ont des conduites en opposition avec les habitudes reçue et dont la singularité attire l’attention (un millionnaire avare, par exemple)

  • Les personnages-modèles

          Ce sont les personnages dont le narrateur se sert  pour donner une image sur le type de société mise en récit. 

  •  Les personnages clichés

          Des traits de caractère stéréotypés distinguent remarquablement ces personnages. Le narrateur s’en sert également pour mettre en évidence, la banalité et la trivialité de certains personnages ; il fait en sorte de souligner les poncifs et lieux communs qui les caractérisent dans le récit.

  • Les psychopathes 

          Pour leur entourage, ils semblent avoir un caractère normal, mais quant au lecteur, il se fait très vite une idée sur la maladie ou le déséquilibre mental dont ils sont atteints. 

  • Les personnages sacrificiels 
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          Ces personnages, le narrateur les sacrifient dès le début de l’histoire. Et dans le cadre d’une analepse (retour en arrière ou flash-back), ils peuvent même être sacrifiés avant la mise en récit, et dans ce cas par exemple, le narrateur peut prendre leur mort comme prétexte ou motif de narration. Ainsi, dès l’incipit, le narrateur fait mention de ces personnages. La figure de la victime dans le polar peut toujours nous servir d’exemple.

  • Le personnage accompagnateur 

          Ils ont pour fonction de souligner les traits d’un autre personnage, de faire ressortir les qualités ou les défauts d’un autre personnage. Sancho Panza, dans Don Quichotte de Miguel de Cervantes  en est l’exemple.

  • Le statut du narrateur

          L’auteur peut faire raconter l’histoire par l’un des personnages : c’est le récit dit à la première personne. Il peut aussi la faire raconter par un narrateur étranger à cette histoire : ce sera le récit dit à la troisième personne[3]. Le premier type est appelé homodiégétique et le second, hétérodiégétique (Genette 1972 : 251 sq et 1983 : 64 sq)[4]. À l’intérieur du type homodiégétique, il faut souligner deux variétés, selon que le je est témoin (comme François Seurel, narrateur du Grand Meaulnes) ou héros de son propre récit (comme Adolphe). Dans ce dernier cas, le narrateur sera dit autodiégétique.

          Toutefois, l’emploi de la première personne ne veut pas nécessairement dire narrateur homodiégétique. Il faut en plus que ce je soit l’un des personnages de la diégèse. Ainsi l’historien Tacite intervient-il régulièrement dans sa chronique. Il n’en reste pas moins hétérodiégétique : il n’est pas présent  comme acteur dans le monde de Tibère et de Néron. Inversement, l’adoption d’un il ne signifie pas que le narrateur n’est pas ce personnage : on se rappellera le Rieux de La Peste d’Albert Camus, troisième personne et narrateur homodiégétique à la fois (ou, si l’on préfère : pseudo-hétérodiégétique).

La focalisation ( cours de langue la narration )

          Dans tout récit, il importe de se poser des questions à propos de l’acte narratif, des questions de type : Qui raconte ? Qui voit ? Quel est le personnage dont le point de vue oriente la narration ? Autrement dit, il faut se demander comment ou selon quelle perspective narrative les faits sont perçus, sont vus dans le récit.  Bref, quel est la perspective narrative ou le point de vue adopté ? On parlera donc de ce que nous appelons  focalisation, point de vue narratif ou encore perspective narrative.

          Les narratologues parlent de trois types de focalisation (points de vue ou perspectives narratifs) que nous pouvons illustrer par les formules suivantes : 

1-  Narrateur > Personnage (Le narrateur en sait plus que le personnage). C’est le point de vue zéro.

2- Narrateur = Personnage (Le narrateur ne dit que ce que sait le personnage). C’est le point de vue interne.

3- Narrateur < Personnage (Le narrateur en dit moins que n’en sait le personnage). C’est le point de vue externe.

          1 – Le point de vue zéro (ou omniscient)

          C’est un point de vue où l’on constate que le narrateur connait tout des personnages, que sa perception des choses et des faits est illimité, qu’il connait tout leur passé, leur sentiments, leurs pensées intimes, leurs émotions, leur état d’âme, tout ce qu’ils cachent, etc. C’est ce que nous appelons l’omniscience narrative où le narrateur est comparé à Dieu (Le narrateur en sait plus que le personnage (Narrateur > Personnage))

          Dans l’extrait ci-dessous, le narrateur sait tout du personnage Louis Lambert, il informe le lecteur de sa destinée même, il connaît également les intentions du père, bref, il a connaissance de tout.

Louis Lambert naquit, en 1797, à Montoire, petite ville du Vendômois, où son père exploitait une tannerie de médiocre importance et comptait faire de lui son successeur ; mais les dispositions qu’il manifesta prématurément pour l’étude modifièrent l’arrêt paternel. D’ailleurs le tanneur et sa femme chérissaient Louis comme on chérit un fils unique et ne le contrariaient en rien. L’Ancien et le Nouveau Testament étaient tombés entre les mains de Louis à l’âge de cinq ans ; et ce livre, où sont contenus tant de livres, avait décidé de sa destinée. (Louis Lambert d’Honoré de Balzac)

          2- Le point de vue interne

          Le lecteur ne voit que ce que voit et perçoit le personnage. Et même si le récit est à la troisième personne, l’action est vue et la scène est perçue à travers la vision du personnage. Le narrateur s’en tient à ce que le personnage  donne comme information, à seulement ce que celui-ci comprend et connait. Par le biais de ce point de vue interne, le personnage peut exprimer ses sentiments, ses pensées, ses réflexions en ayant recours au discours indirect libre. (Il est à noter que Le point de vue interne peut également être adopté à la première personne.)

          Ce point de vue interne s’emploie fréquemment comme procédé ou technique cinématographique, ce que les spécialistes du cinéma appellent « caméra subjective » lorsque le spectateur s’identifie au personnage en se mettant à sa place

L’extrait suivant peut nous servir d’exemple :

[…] j’étais arrivé à la porte, et je me redressai. Je ne pus rien distinguer à l’intérieur où régnaient d’opaques ténèbres. D’autre part, je n’entendais que le ronflement régulier des dormeurs, et, parfois, de petits bruits semblables à des froissements de plumes ou à des coups de bec, parfaitement inexplicables pour moi.
J’entrai d’un pas ferme, les bras tendus en avant. J’avais l’intention (et j’en riais en silence) d’aller m’étendre à ma place habituelle, pour me moquer ensuite de la mine que feraient mes compagnons quand ils me trouveraient le lendemain matin.

          3- Point de vue externe

          Comme son nom l’indique, dans le point de vue externe, nous avons affaire à un narrateur externe qui n’est pas impliqué dans les faits, donc, qui n’est pas personnage de l’histoire. Le narrateur ne connait ni le passé des personnages, ni leurs sentiments, ni leurs pensées, ni leurs émotions, et ne donne pas son avis ou ses appréciations non plus. Il se contente uniquement de raconter les faits et de décrire les scènes à la troisième personne. Autrement dit, l’histoire est relatée de manière extérieure comme s’il s’agit d’une caméra qui filme des scènes. À aucun moment, le narrateur n’a accès aux pensées et sentiments des personnages. Seuls les paroles et les faits sont relatés et les scènes décrites. C’est un point de vue qui nous réfère à un narrateur neutre dont l’acte narratif donne au lecteur l’impression d’une certaine objectivité et d’une certaine distanciation par rapport à ce que ressentent et pensent les personnages mis en scène. Comme exemples nous proposons les extraits suivants :

« Deux hommes parurent.

L’un venait de la Bastille, l’autre du Jardin des Plantes.  Le plus grand, vêtu de toile, marchait le chapeau en arrière, le gilet  déboutonné  et  sa  cravate  à  la  main.  Le  plus  petit,  dont  le  corps disparaissait  dans  une  redingote  marron,  baissait  la  tête  sous  une casquette à visière pointue.»

Quand ils furent arrivés au milieu du boulevard, ils s’assirent à la même minute, sur le même banc.

Pour s’essuyer le front, ils retirèrent leurs coiffures, que chacun posa près de soi. Et le petit homme aperçut écrit dans le chapeau de son voisin : « Bouvard » ; pendant que celui-ci distinguait aisément dans la casquette du particulier en redingote le mot : « Pécuchet ».

– « Tiens ! » dit-il « nous avons eu la même idée, celle d’inscrire notre nom dans nos couvre-chefs. »

– « Mon Dieu, oui ! on pourrait prendre le mien à mon bureau ! »

– « C’est comme moi, je suis employé. »

Alors ils se considérèrent.

L’aspect aimable de Bouvard charma de suite Pécuchet.

Ses yeux bleuâtres, toujours entreclos, souriaient dans son visage coloré. Un pantalon à grand-pont, qui godait par le bas sur des souliers de castor, moulait son ventre, faisait bouffer sa chemise à la ceinture ; – et ses cheveux blonds, frisés d’eux-mêmes en boucles légères, lui donnaient quelque chose d’enfantin.

Il poussait du bout des lèvres une espèce de sifflement continu.

                                (Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, 1880)

« Dans les premiers jours du mois d’octobre 1815, une heure environ avant le coucher du soleil, un homme qui voyageait à pied entra dans la petite ville de Digne. Les rares habitants qui se trouvaient en ce moment à leurs fenêtres ou sur le seuil de leurs maisons regardaient ce voyageur avec une sorte d’inquiétude. Il était difficile de rencontrer un passant d’un aspect plus misérable. »

                                                  (Victor Hugo, Les Misérables 1862)

À SUIVRE


[1] CH. Angelet, « Narratologie », in Delcroix et Hallyn, 1987, p. 168.

[2] Idem

[3] Dans l premier cas, le je est à la fois narrateur et personnage, sujet et objet du récit. Dans le second, le il (« il s’avança lentement et ouvrit la fenêtre… ») ne désigne que le personnage-objet. Il y a donc une dissymétrie.

[4] La diégèse est l’univers où advient le récit, autrement dit, le cadre spatio-temporel où a lieu l’histoire.

ENS de Martil

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